Pourquoi un secrétariat d’Etat aux aînés ?

Le 18 août 2009, par Louis LEVY,

Le remaniement ministériel a vu émerger un nouveau maroquin, celui chargé non pas des seniors, mais des aînés. Innovation à la fois sémantique et administrative. L’amusement passé, on se dit qu’il était temps qu’il y ait un responsable de la politique destinée à « nos aînés ». Il y a bien un ministère de la Jeunesse et un pays développé se juge à ses prisons et à la prise en charge de ses fous et de ses anciens.

Quels problèmes peuvent bien avoir nos aînés ? La canicule de 2003 a jeté une lumière crue sur la situation de certain d’entre eux. On découvre le minimum vieillesse permettant tout juste l’essentiel, le « mal logement » des loyers dits« 48 », l’isolement dont beaucoup sont victimes… On assiste à l’apparition de la dépendance, mot réservé jusque-là aux toxicomanes. Les températures de l’été2003 auront eu le mérite de jouer le rôle d’aiguillon pour nos politiques. D’abord on sacrifia une RTT, aujourd’hui on crée un secrétariat d’Etat. Par quoi doit-il commencer ? A priori par le financement et la prise en charge de la dépendance qui risquent de faire imploser notre système de solidarité et qui plongent les familles et les patients dans des difficultés conséquentes. Pour cela il faut des fonds, des bras et des structures accessibles.

Pour les fonds, une cotisation au cours de la vie professionnelle pour financer notre potentielle dépendance est inévitable. Le produit pourra servir à construire des maisons de retraite pour personnes dépendantes, ainsi que des appartements sociaux adaptés à des dépendances modérées. Les éventuels bénéfices devront être réinvestis dans le système. Le secteur privé arrive à rentabiliser ces structures, le public doit pouvoir le fairedans l’intérêt commun ! Devra être créé un prêt à taux zéro, permettant de financer les aménagements du domicile pour anticiper la perte d’autonomie (salles de bains adaptées…). Les Clic (Centre local d’information et de coordination), créés pour servir de guichet unique aux personnes âgées, sont loin d’être partout opérationnels ; ils devraient pouvoir organiser des visites d’ergothérapeutes pour un « diagnostic dépendance », afin de réaliser les adaptations nécessaires qui permettent le maintien au domicile.

Le problème des bras n’est pas le plus facile à résoudre. Travailler au contact des personnes âgées est difficile. Cela nécessite une certaine force physique avec un risque d’usure prématurée, de pathologies articulaires et musculaires. Le tout pour une rémunération ridicule et une reconnaissance médiocre. Les unités de gériatrie recevant des patients âgés n’arrivent pas à recruter et voient s’accumuler les arrêts de travail ; les ratios de personnels par patient y sont inadaptés. Il faut donc obtenir une véritable reconnaissance des personnels et de ces métiers, cela passera par une valorisation salariale et imposera des évolutions de carrière par le biais de la validation des acquis de l’expérience (comment croire qu’un aide soignant pourra travailler quarante ans dans une structure gériatrique ?). Il est nécessaire de changer le regard sur la vieillesse, cela devrait se faire par des campagnes de communication intelligentes. Il faut aussi réfléchir à comment orienter et former des gens sans réelles qualifications vers ces métiers, pour en faire des professionnels satisfaits.

Les structures pour personnes âgées sont plus nombreuses, mais répondent-elles à la demande des patients et des familles ? Les accueils de jour pour les malades d’Alzheimer font défaut, les services de médecine sont « embolisés » faute de place en moyen séjour. Les lits de moyens séjours ont cru, très bien. Sauf quand dans ces structures dominent les chambres seules, facturées entre 30 et 60euros par jour, une fortune pour celui qui n’a pas de mutuelle (3semaines coûteront plus de 1 000euros !). Pourtant ces services sont censés admettre des patients pour un soulagement de l’aidant, une réautonomisation après un épisode aigu. C’est loin d’être toujours possible, un véritable tri des patients s’effectue aux dépens des plus lourds, des plus polypathologiques, de ceux avec les dossiers sociaux difficiles, en somme aux dépens des patients les plus gériatriques.

Enfin, les questions d’éthiques accompagnent toute pratique médicale, mais en gériatrie ces questions se posent quotidiennement. Une véritable réflexion doit s’engager pour donner un cadre où les soignants se sentent en sécurité et protégés face à des familles qui souffrent et exercent une pression inconsciente sur les équipes, lesquelles ne peuvent travailler sereinement. Que faire quand l’alimentation n’est plus possible et que se pose la question d’une alimentation artificielle par sonde, que faire lors de la énième pneumopathie de déglutition, ou de la énième décompensation d’une insuffisance cardiaque ? Là encore, en dehors du dialogue que peuvent avoir au quotidien les soignants, les patients et leur famille, n’y aurait-il pas la place pour une campagne de sensibilisation, d’éducation pour un travail en amont pour préparer tout un chacun à sa propre mort ou à celle de ces proches ?

Un secrétariat d’Etat, pourquoi faire ? Au vue des taches qui restent à accomplir, il faudrait un ministère d’Etat !

Par MADJID SI HOCINE médecin gériatre à l’hôpital Saint-Camille de Bry-sur-Marne (94).

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18 août 2009
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