Le déclin cognitif léger pourrait être favorisé par la prise d’anticholinergiques !

Le 24 février 2006, par Louis LEVY,

Le déclin cognitif léger (DCL) est une entité clinique distincte de la démence qui touche fréquemment (20 % des cas environ) les sujets âgés. Elle n’évolue pas dans la majorité des cas vers une démence constituée même avec 5 à 10 ans de suivi. Son étiologie (en dehors des cas où il s’agit d’une démence dégénérative débutante) est encore obscure.

Une équipe de l’INSERM de Montpellier a peut être mis en évidence un facteur de risque environnemental de ces DCL. L’hypothèse de Marie Ancelin et coll. est partie de la constatation (déjàancienne) de la possibilité d’induction de troubles cognitifs comparables au DCL chez des sujets jeunes traités par un anti-cholinergique comme la scopolamine.

Ce fait a été rapproché de la forte consommation de médicaments ayant des propriétés anti-cholinergiques chez les sujets âgés. De très nombreuses molécules largement utilisées en gériatrie ont en effet de tels effets. Il peut s’agir de médicaments àvisées psychiatriques (neuroleptiques, antidépresseurs…), analgésiques, cardiologique (digoxine, certains diurétiques…), urologiques (antispasmodiques), pneumologiques (bronchodilatateurs) ou neurologiques (anti-parkinsoniens). Certaines molécules ayant des propriétés anti-cholinergiques sont d’ailleurs en vente libre.

Pour confirmer ou infirmer l’hypothèse d’un lien entre consommation d’anti-cholinergiques et DCL, l’équipe de l’INSERM a entrepris une étude épidémiologique longitudinale sur une cohorte de 372 sujets âgés de plus de 60 ans recrutés par 63 généralistes de la région et indemnes de démence lors de l’inclusion.

Dans l’année qui avait précédé la première évaluation cognitive, 9,2 % de ces sujets avaient reçu des anti-cholinergiques de façon continue. Comparés aux non utilisateurs, ces sujets avaient des performances inférieures àdivers tests cognitifs (temps de réaction, attention, mémoire non verbale, capacité de restitution narrative, construction visio-spatiale, tests de langage) sans différence sur l’évaluation des capacités de raisonnement logique, de restitution immédiate ou retardée de listes de mots et de mémoire implicite.

De plus, 80 % des utilisateurs réguliers d’anti-cholinergiques (contre 35 % des non utilisateurs) pouvaient être considérés comme atteints de DCL. Une analyse fondée sur un modèle de régression logistique incluant les autres facteurs de risques identifiés de déclin cognitif a montré que l’âge et la consommation d’anti-cholinergiques étaient les éléments prédictifs les plus puissants de déficit cognitif.

Enfin un suivi sur 8 ans de cette cohorte a montré que l’utilisation d’anti-cholinergiques n’était pas associé àune plus grande fréquence des démences constituées, ce qui semble exclure qu’il s’agisse simplement d’une révélation plus précoce d’une maladie dégénérative sous l’influence de ces médicaments voire du déclenchement d’une telle affection dégénérative.

Cette étude de cohorte ne permet pas bien sà»r de conclure formellement àune relation causale entre la prescription d’anti-cholinergiques àdes sujets âgés et l’apparition d’un DCL. Malgré les précautions prises et l’utilisation d’un modèle de régression logistique, on ne peut exclure divers facteurs de confusion. On relèvera ainsi que les utilisateurs d’anti-cholinergiques avaient 6,1 ans de plus en moyenne que les autres et avaient atteints un niveau d’éducation moins élevé que les non utilisateurs. On pourrait donc inférer que les sujets prenant des anti-cholinergiques au long cours sont globalement en plus mauvais état général ou ont plus souvent des troubles neuro-psychiatriques justifiant ces prescriptions que les autres ce qui pourrait àsoi seul expliquer la plus grande fréquence des DCL chez eux.

Malgré ces doutes, liés au caractère observationnel de l’étude, ce travail met peut être àjour un facteur de risque majeur de DCL, ce qui aurait une importance considérable en terme de santé publique. Ceci implique àl’évidence de poursuivre activement les recherches cliniques dans ce domaine. Une étude prospective randomisée en double aveugle pourrait par exemple être envisagée chez des patients âgés indemnes de DCL et porteurs d’une pathologie pouvant être traités par anti-cholinergiques (troubles mictionnels par exemple). Il serait également particulièrement intéressant de connaître l’évolution de ces DCL après arrêts des anti-cholinergiques.

Enfin, comme le souligne les auteurs, il serait quelque peu paradoxal, voire absurde, que de tels patients soient traités pour une démence débutante par des inhibiteurs de l’acétylcholinestérase, c’est-à-dire par des cholinergiques.

On attend donc avec impatience les résultats des nouvelles recherches qui ne manqueront pas d’être initiées sur ce thème.

Dr Céline Dupin

Post-Scriptum :

Ancellin M et coll. : « Non-degenerative mild cognitive impairment in elderly people and use of anticholinergic drugs : longitudinal cohort study. » Br Med J 2006 ; publication avancée en ligne le 1er février 2006 (doi : 10.1136/bmj.38740.439664.DE). © Copyright 2005 http://www.jim.fr
 

Commentaires de l'article

 
pelhuche
Le 28 février 2006
dans l’instabilité vésicale, l’anticholinergique de ref (oxybutinine) est connu pour aggraver les troubles cognitifs, par contre un anti cholinergique plus récent le "Céris" est censé ne pas avoir d’effet central et n’est en principe pas déconseillé chez des patiens ayant des troubles Cognitifs, mais peu de recul et pas vraiment vu d’étude à ce sujet, qui en a l’expérience chez la P A ?
 
pelhuche
Le 28 février 2006
dans l’instabilité vésicale, l’anticholinergique de ref (oxybutinine) est connu pour aggraver les troubles cognitifs, par contre un anti cholinergique plus récent le "Céris" est censé ne pas avoir d’effet central et n’est en principe pas déconseillé chez des patiens ayant des troubles Cognitifs, mais peu de recul et pas vraiment vu d’étude à ce sujet, qui en a l’expérience chez la P A ?

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